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jeudi 25 février 2010

"Mieux vaut-il vivre comme un monstre ou mourir en homme bien ?"



Le dernier film de Scorsese, Shutter Island, inspiré du roman de Dennis Lehane (auteur fétiche des réalisateurs dont les livres sont de véritables sources d'inspiration...Deux de ces opus ont déjà été adaptés: Mystic river et Gone baby gone) est enfin arrivé sur nos écrans. Mettant en scène pour la énième fois son acteur fétiche, Leonardo DiCaprio, qui d'ailleurs n'en finit pas de nous étonner, Scorsese revient avec un thriller sombre et angoissant, huis clos aux confins de la folie.

Un hôpital psychiatrique sur une île balayée par les ouragans, une enquête sur la disparition d'une détenue-patiente mystérieusement évaporée de sa cellule, un marshall hanté par de vieux démons... Bienvenue à Shutter Island! L'histoire se met en place, le mystère s'obscurcit et l'atmosphère devient vite irrespirable. 


Dans un décor suffocant, avec criminels internés, personnel soignant en blouse blanche,  bâtiments sous haute surveillance et nature hostile, Scorsese se joue de nous et nous plonge en plein délire paranoïaque, entre rêve et réalité, où il devient difficile de distinguer le faux du vrai. Réflexions sur la violence et la souffrance humaine, tous les éléments sont réunis pour faire de ce film un condensé de sensations toutes aussi dérangeantes et déconcertantes les unes que les autres. Bref, une histoire à vous rendre fou! 


Efficace comme à son habitude, Scorsese nous entraîne dans un film esthétique et fascinant où le plus fou n'est pas celui que l'on croit... Un seul défi: quitter cette île indemne. Pour cela, gardez une seule chose en tête: "c'est bien la pire folie que de vouloir être sage dans un monde de fou". Erasme

jeudi 18 février 2010

"Only the dead have seen the end of war"


Remake américain du film éponyme de la Danoise Susanne Bier, Brothers de Jim Jerridash regroupe une belle palette d'acteurs pour un film catharsis autour de la guerre (en Afghanistan) et ses nombreuses conséquences (néfastes).

Nathalie Portman (Grace), toujours aussi jolie et mère de famille (pour la première fois à l'écran!) de deux charmantes gamines, toutes deux touchantes par leur insouciance et leur gravité d'enfant que les drames font grandir trop vite.

Tobey Maguire (Sam), époux et père modèle, bouleversant en Marines anéanti, hanté par les atrocités de la guerre, âme errante qui retrouve le bonheur sans savoir quoi en faire, incapable de renouer avec cette vie « normale » auprès de ses proches « qui ne peuvent pas comprendre ».

Jack Gyllenhaal (Tommy), le frère « raté » juste sorti de prison, qui revient en fils prodige, figure rédemptrice et nouvel héros pour cette famille brisée.

Entre ces personnages, cela ne pourrait être rien de plus qu'une histoire de famille. Un frère absent, déclaré mort, un autre frère, protecteur, qui prend soin de la famille abandonnée et la vie qui continue... Pourtant ce n'est pas ce dont il s'agit ici. Au delà du drame familial, c'est une réflexion dure et pleine de justesse sur la guerre, ses traumatismes et ses destins brisés.  Aucun homme ne peut réellement apprendre à tuer ou à voir mourir sous ses yeux... Il n'y a plus lieu ici d'en douter. L'horreur de la guerre et la solitude de l'homme face à cette sauvagerie, la nécessité de continuer à vivre avec ces stigmates sur son corps, dans sa mémoire, sur sa conscience... Si "Only the dead have seen the end of war",  l'homme (Sam), pourtant encore vivant,  est-il condamné à ne pas y survivre?

Les destin inversés de ces deux frères, décrits tout en nuance et finesse, s'imposent comme le portrait d'une nouvelle génération qui, à l'image des précédentes, doit affronter son lot de souffrances et de tragédies, destins tourmentés des hommes qui connaissent la guerre, pris dans les affres de l'histoire.

dimanche 7 février 2010

Aime moi que je puisse m'aimer.

Comme son titre Two lovers l'annonce, ce film de James Gray est une histoire d'amour, évidemment. Un drame sentimental plus précisément.
Comme l'affiche le laisse présager, il s'agit d'un homme tiraillé entre deux femmes? Ou bien de deux femmes éprissent du même homme? En réalité, dans cette histoire, l'une soupire pour l'un qui court après une autre, elle même déjà amoureuse d'un autre... Amour en chaine qui ne rencontre pas sa réciproque, schéma amoureux classique, cruel et pathétique, mais dont on ne se lasse pas à condition qu'il soit bien traiter. Heureusement, c'est le cas ici!

Joaquim Phoenix est remarquable en homme perdu, meurtri, accablé par son amour perdu, sa maladie (la bipolarité : alternance d'extases profondes et de dépressions suicidaires) et ses parents qui l'étouffent, lui fournissant un travail, une nouvelle fiancée et un avenir tout tracé! Mais voilà qu'une nouvelle voisine débarque dans sa vie, jeune beauté un peu paumée, éprise d'un homme marié, délaissée, en mal d'amour et qui a grandement besoin d'être sauvée. Notre héros, à la recherche de lui même et décidé à se reprendre en main, en tombe bien évidemment éperdument amoureux... Et c'est là que les choses se compliquent.

Le thèmes et les personnages semblent vus et revus, une histoire « banale » et pourtant avec beaucoup de sobriété et de pudeur, l'émotion émerge devant ces amours contrariés. Chaque personnage de ce trio souffre et espère, aux prises à ses sentiments, exacerbés et retenus, irrationnels mais follement rassurants à la fois. Chacun est pris dans une recherche de lui même et de son double, reflet du miroir sécurisant, qui pourra l'accompagner dans cette vie pour partager un peu de bonheur...

Mais l'amour a ici un goût d'amertume, de douce résignation et de regret qui en souligne toute la cruauté et l'ingratitude, bien qu'il reste l'objet de la quête de ces trois protagonistes (et de beaucoup d'autres...). Car (s')aimer n'est pas chose aisée.

Raison et déraison, aimer ou être aimer, s'aimer tout simplement. Dans cette histoire, tout est question de ce choix, qui n'en est pas vraiment un. Car somme toute l'amour peut être le plus égoïste des sentiments. Aimer, désirer, posséder... entre fascination narcissique et quête d'absolu. Mais, ne l'oublions pas, l'amour peut aussi être le plus généreux de tous les sentiments, encore faut-il savoir l'offrir et l'accepter quand il nous est donné. Serait-ce si simple finalement?

dimanche 31 janvier 2010

Coup de coeur


"A thing of beauty is a joy for ever:
Its loveliness increases; it will never
Pass into nothingness; but still will keep
A bower quiet for us, and a sleep
Full of sweet dreams, and health, and quiet breathing."
Endymion. John Keats.

Comment rester de marbre devant la délicatesse de la poésie de John Keats, poète romantique anglais, dénigré par la critique de son vivant et aujourd'hui considéré comme l'un des plus grands poètes romantiques anglais du XIXème siècle?

Jane Campion (La leçon de piano, palme d'or en 1993) lui rend hommage dans son dernier film, tout en pudeur et sensibilité, en relatant la passion entre le jeune poète et Fanny Brawne, jeune fille de bonne famille, coquette et effrontée. Passion chaste à la fin inéluctable, la misère de Keats (simple fils de palefrenier) et sa constitution maladive (la tuberculose aura raison de lui) seront autant d'obstacles qui sépareront les jeunes amoureux. L'amour contrarié n'en sera que plus intense.

Jane Campion filme la poésie poétiquement et fait naître l'émotion par ses tableaux champêtres et ses lumières légères à l'image de ses vers égrenés par Keats, musique de ses mots qui célèbrent l'amour et la beauté. L'éclosion des sentiments, le souffle des émotions pareil à une brise d'été sur les champs de fleurs, et l'intensité de leur passion romantique, chaque instant est filmé en toute pudeur et la magie opère. Ce film délicieusement tragique nous emporte et nous donne envie d'être amoureuse comme pour la première fois.

Keats, conscient de la fragilité de toutes choses, écrivit dans une précoce lucidité son propre épitaphe: "Here lies one whose name was writ in water". Effacé, brisé par les tempêtes de la vie, Keats disparut bien trop jeune. Néanmoins comme son ami, le grand poète anglais William Shelley l'avait si bien prédit en annonçant lors de sa mort: "Il n'est pas mort, il s'est réveillé du rêve de la vie", John Keats fut reconnu (reconnaissance tardive mais méritée) comme le poète incontournable du grand Romantisme.
Jane Campion a eu la bonne idée de nous le remémorer, pour notre plus grand plaisir...