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vendredi 26 février 2010

Legends of the Fall


Jim Harrison, écrivain américain dont la réputation n'est plus à faire, nous plonge dans les légendes d'Amérique, peuplées de héros et de morts, d'amour et de brutalité, de plaines désertiques et d'animaux sauvages.

La vengeance, la violence, la rédemption, le pardon, la solitude,  Jim Harrison nous parle de sujets anciens et essentiels, et atteint une forme de mysticisme à relater ainsi les plus vieilles histoires du monde dans leur simplicité et leur passion les plus extrêmes. A travers ses portraits d'hommes déterminés, tourmentés, profondément humains dans leur déraison, leurs angoisses et leurs rêves, narrant tour à tour leurs rencontres, leurs rivalités et leurs affrontements dans ses paysages lointains et évocateurs, Harrison envoute, trouble, et nous donne à rêver à ses légendes métissées et cruelles.

Dans un style simple, d'une très grande maitrise, Légendes d'automne est composé de trois histoires, trois légendes, brutales et fatales, fascinantes. (L'une d'elles, Légendes d'automne, a d'ailleurs été adaptée au cinéma par Edward Zwick). La violence, réalité indéniable du monde des hommes, y est omniprésente mais au détour des pages, la grâce surgit, rayon de soleil perçant à travers les nuages du malheur, et nous rappelle la magie de ce monde, implacable et sublime. 

mercredi 10 février 2010

« Happiness is only real when shared »







Le très beau film Into the Wild de Sean Penn, qui a eu la bonne idée de passer derrière la caméra, ne laisse pas indifférent. L'histoire de ce grand Meaulnes américain en quête d'absolu envoûte tant par ses paysages et sa musique, que ses questionnements sur notre monde et nos existences. 


Christopher McCandless, jeune diplômé brillant et plein d'avenir, décide brusquement de tout plaquer, ses études, sa famille et tout ce qu'il possède, pour gagner les grands espaces. Mais que fuit-il exactement? Comme sa soeur (en voix off) nous le dévoile peu à peu tout au long du film, c'est la colère qui guide ses pas, cette rage douloureuse contre ses parents qui l'ont trahi et déçu. Et à travers cet idéal parental brisé, c'est toute la société, celle à laquelle ils adhérent, matérialiste et superficielle, pleine de besoins artificiels, qu'il rejette. Mais que cherche-t-il? Qu'espère-t-il trouver au bout de son voyage?

Au cours de la quête existentielle et spirituelle qu'il entreprend, Christopher devient Alexander Supetramp. Avec Thoreau pour banière, le jeune homme cherche la liberté, la beauté, la vérité... "Rather than love, than money, than faith, than fame, than fairness... give me truth". C'est un retour à l'essentiel, à l'instant, ici et maintenant. 
Idéalisme naïf et sans concession, furieuse nécessité de trouver un apaisement, désir démesuré de liberté, Alexander nous entraîne dans son périple et nous fait rêver dans ces paysages sauvages (et sublimes) d'Amérique jusqu'aux confins de l'Alaska. Habité par les pensées de ses écrivains fétiches, vagabonds et naturalistes, tels London, Byron (« I love not man the less, but Nature more."), ses rêves pour tout bagage, Alexander entame un voyage au delà de toutes limites, presque irrationnel. Car "Si on admet que la vie humaine peut être gouvernée par la raison, alors toute possibilité de vie est détruite..." disait Léon Tolstoï, un autre de ses modèles...

Mais extrémiste dans sa démarche, Alexander devient moraliste dans sa quête d'absolu. Malgré les rencontres sur son chemin, les nombreuses mains tendues, et tout l'amour de ces échanges, le héros restera jusqu'au bout persuadé que la vie est dans l'expérience de toutes choses, et surtout dans l'expérience de la nature, « alone into the wild ».

Pourtant ce retour à Mère Nature (qui est loin d'être si amicale) et à l'état le plus sauvage, le plus primaire de l'homme, cette obsession de se trouver soi même, et l'essence même de son existence, souffre finalement d'un manque certain d'humanité. Où est l'amour? Où est l'amitié? Où est le partage? Si sa famille n'était pas parfaite (mais quelle famille l'est?), ne l'a-t-elle pas pour autant aimé? Que peut-il apprendre de plus seul dans une nature où chaque instant doit être consacré à soi et sa propre survie?

Finalement « trapped in the wild » quand la leçon est comprise, quand enfin, dans le dernier chapitre, notre héros "accède à la sagesse", il est déjà trop tard. Au bout de son voyage, au bout de sa colère, terrassé par la réalité des choses, Supertramp devra « appeler chaque chose par son vrai nom » est redevenir un homme comme un autre devant ce simple constat: Le bonheur ne vaut que partagé.

Alors qu'il semblait avoir sauté des pages, le jeune homme redécouvre alors Tolstoï et la recette du vrai bonheur. « J'ai vécu beaucoup de choses et je pense maintenant avoir trouvé ce qui est nécessaire au bonheur. Une vie calme et isolée à la campagne avec la possibilité d'être utile aux autres... Et enfin plus que tout le reste, toi pour compagne, et des enfants peut-être. Que peut désirer de plus le coeur d’un homme?  »


lundi 8 février 2010

Ce que vous avez toujours voulu savoir sur les Etats Unis.

La malédiction d'Edgar, un des derniers livres que j'ai lu, est un livre à conseiller.

Marc Dugain (auteur également de La chambre de officiers) brosse un portrait passionnant de John Edgar Hoover, célèbre et tout puissant patron du FBI de 1924 à 1972 (soit près de 50 ans!) et retrace, à travers lui, l'histoire des Etats Unis et de ses plus illustres citoyens, notamment à l'époque trouble de la guerre froide.

Dans ces mémoires imaginaires de Clyde Tolson (l'assistant et supposé amant de Hoover), vous découvrirez la personnalité complexe et torturée d'Edgar, les méthodes peu scrupuleuses du FBI mais également les dessous croustillants de la politique américaine, ses rapports avec la Mafia, ses complots et ses guerres intestines...
Vous pourrez par la même occasion désacraliser la dynastie Kennedy et notamment son plus célèbre représentant John Fitzgerald (grand malade et coureur de jupon névrotique), et enfin avoir un nouveau regard sur les différentes affaires qui ont secouées l'Amérique à cette époque: l'exécution des Rosenberg, le soit-disant suicide de Maryline Monroe, l'assassinat de Kennedy...

Ce livre, entre réalité et fiction, constitue un panorama de 50 ans d'histoire américaine et en déconstruit tous les mythes. L'écriture est agréable et efficace et le portrait sans concession de l'Amérique et de ses scandales est fascinant.

Laissez vous aller aux vices de l'Amérique !