mardi 2 mars 2010

Le mystère Bovary

Son nom est Emma Bovary et son histoire est bien connue. Mais qui était-elle exactement?

Fille d'un fermier, Emma Rouault a passé sa jeunesse dans un couvent. Elle découvre alors le plaisir de la littérature et devient une ardente lectrice des romans sentimentaux qui nourriront ses rêves.

Vivant dans un petit village, Tostes en Normandie, avec son père, elle rencontre Charles Bovary, un médecin de campagne et l'épouse. Elle pense alors que s'ouvre devant elle une vie pleine de passion et de grandeur...Mais bien à l'opposé de ses rêves, elle se retrouve engluée dans une vie de province où rien ne se passe jamais.

Emma Bovary est une belle femme, une peau pâle, des cheveux sombres, et d'élégantes manières. Elle a bénéficié d'une bonne éducation, sait comment jouer du piano... Son plus grand malheur est cet ennui terrible qui la saisit et lui fait perdre pied, la plongeant dans une profonde dépression. Prisonnière de son mariage avec un “médiocre” docteur de campagne sans aucune ambition, immobilisée dans la banalité d'une vie provinciale, elle aspire à la passion et cherche à s'évader dans les fantaisies des romances, allant même jusqu'à l'adultère.

Moralement inapte à accepter et apprécier les réalités de la vie, Emma ne reconnaît jamais l'irrationalité de ses désirs. Elle rêve du plus pur, du plus inaccessible amour et des plus belles richesses pour sa vie. Elle se révolte émotionnellement contre cette société qui rend ses rêves impossibles à atteindre. Malheureuse dans cette vie simple et ordinaire, elle tente d'assouvir ses fantaisies dans des aventures amoureuses avec Rodolphe, propriétaire terrien puis avec Léon, clerc de notaire. Mais même ces amourettes ne lui apportent que désillusions et déceptions. Abandonnée par ses amants, Emma ne se relèvera pas.

L'incapacité d'Emma a accepter sa situation et sa tentative de fuite par l'adultère causent sa perte et par là même, celle de ses proches. Décidant de mettre fin à ses jours, Emma se suicide et dévaste le monde qui l'entoure, laissant derrière elle ceux qui l'aiment. Inconsolable, son époux, brave Charles, cocu naif mais sincèrement amoureux, découvrant la trahison de son amour, se laisse mourir de chagrin. De même, elle laisse seule son seul enfant, Berthe, victime innocente de la froideur et l'indifférence de sa mère, qui finira ouvrière dans une usine de coton, du fait de la ruine de la famille provoquée par les dépenses d'Emma et son suicide.

Mais la faille d'Emma n'est pas uniquement la sienne. Son personnage illustre par quelles différentes façons les circonstances déterminent la position des femmes au XIX ème siècle. Son insatisfaction face à la société bourgeoise dans laquelle elle vit est justifiée. La détresse d'Emma est emblématique des difficultés que rencontre toute personne sensible de bonne éducation aux prises avec la bourgeoisie française de l'époque. Le statut de femme d'Emma a un effet bien plus déterminant sur sa vie que son seul statut social. Emma est fréquemment décrite à travers le regard des hommes: le regard de son mari, celui de Rodolphe, de Léon. Le seul pouvoir d'Emma dans sa vie et sur sa vie se trouve limité par le contrôle de son époux, de sa belle mère, de la société tout entière... 


Pour résumé, Mme Bovary est une femme du XIXème siècle. Amoureuse de l'amour, elle vécu d'illusions. Elle fut infidèle et ruina son ménage. Désespérée, elle se tua en ingérant de l'arsenic. Une vraie héroïne jusqu'au bout. Les mots de Flaubert “Madame Bovary, c'est moi” ont d'abord été considérés comme une évocation de l'inclinaison qu'il partageait avec son personnage pour la romance, les fuites sentimentales de l'imagination et la mélancolie. Pourtant, Mme Bovary pourrait bien être le reflet des pensées de Flaubert sur la condition féminine de son époque, l'incarnation de l'émergence d'un véritable esprit féministe.

lundi 1 mars 2010

"God gives us our relatives..."

"...Thanks God we can choose our friends". Ethel Mumford.

Mary et Max, film d'animation en pâte à modeler de Adam Elliot qui étonne par ses teintes grises avec simplement quelques éclats de couleurs, ses personnages singuliers mais très expressifs et sa très bonne bande son, est une grande réussite.

C'est l'histoire d'une correspondance étonnante entre deux personnages atypiques et attachants: Mary, petite fille solitaire de 8 ans, vivant en Australie, complexée par une tache de naissance sur le front, affublée d'une mère alcoolique, d'un père taxidermiste et d'un coq de compagnie, mais grande amatrice de lait concentré... et de Max, un juif quadragénaire vivant perclus dans son appartement de New-York, obèse, friand de hot-dog au chocolat et souffrant de la maladie d'Apserger. 


Pendant plus de 20 ans et malgré la distance qui les sépare, leur relation épistolaire célébrera l'amitié et ses aléas. Les années passant, l'une devenant adulte, l'autre devenant vieillard, les deux amis partagent à travers leurs différences, les fêlures de leurs vie, leurs défauts et leurs espoirs. 


Mary&Max est à la fois poésie sombre, humour désespéré et tendresse mélancolique. Véritablement décalé, ce film doux amer nous conte histoire de deux laissés pour compte, avec une profonde humanité, à l'image de la vie, pleine d'absurdité et de joies simples. 

samedi 27 février 2010

The time that remains

Fortement autobiographique, Le temps qu'il reste d'Elia Suleiman est l'histoire d'une famille palestinienne dans sa vie quotidienne à Nazareth, ville des territoires occupés par l'armée israélienne. Conçu à partir des carnets personnels de son père et des lettres que sa mère envoyait aux membres de la famille expatriés, le film, présenté au Festival de Cannes en 2009, évoque la tragédie palestinienne à travers ce récit familial en 4 temps. De la guerre de Palestine (1948) à nos jours, au rythme des arrestations et des Intifadas, à travers des saynettes burlesques, aussi cocasses que banales, Suleiman parle de lui et de sa famille, « Arabes-israëliens », restés en minorité sur le territoire qui était le leur.

D'une grande beauté esthétique, dans un silence grave, Le temps qu'il reste joue avec les détails et les symboles et crée des instants de véritable poésie emplis de tristesse. Sauter à la percher par dessus le mur, organiser une soirée malgré le couvre-feu, parler au téléphone dans la rue en ignorant le canon du tank pointé sur soi... Autant de rêves et de révoltes, transmis de génération en génération, contre cette occupation israëlienne omniprésente. Celui qui est à la fois absent et présent, témoin qui ne dit mot, exilé sur le chemin du retour, Suleiman lui même hante le film de ses souvenirs et transmet toute la douce amertume de ces situations, intimes et historiques, sans jamais perdre son calme, ni son humour. Un beau film, à voir et à méditer.

vendredi 26 février 2010

Hommage au tyran de la maison...

Legends of the Fall


Jim Harrison, écrivain américain dont la réputation n'est plus à faire, nous plonge dans les légendes d'Amérique, peuplées de héros et de morts, d'amour et de brutalité, de plaines désertiques et d'animaux sauvages.

La vengeance, la violence, la rédemption, le pardon, la solitude,  Jim Harrison nous parle de sujets anciens et essentiels, et atteint une forme de mysticisme à relater ainsi les plus vieilles histoires du monde dans leur simplicité et leur passion les plus extrêmes. A travers ses portraits d'hommes déterminés, tourmentés, profondément humains dans leur déraison, leurs angoisses et leurs rêves, narrant tour à tour leurs rencontres, leurs rivalités et leurs affrontements dans ses paysages lointains et évocateurs, Harrison envoute, trouble, et nous donne à rêver à ses légendes métissées et cruelles.

Dans un style simple, d'une très grande maitrise, Légendes d'automne est composé de trois histoires, trois légendes, brutales et fatales, fascinantes. (L'une d'elles, Légendes d'automne, a d'ailleurs été adaptée au cinéma par Edward Zwick). La violence, réalité indéniable du monde des hommes, y est omniprésente mais au détour des pages, la grâce surgit, rayon de soleil perçant à travers les nuages du malheur, et nous rappelle la magie de ce monde, implacable et sublime. 

jeudi 25 février 2010

"Mieux vaut-il vivre comme un monstre ou mourir en homme bien ?"



Le dernier film de Scorsese, Shutter Island, inspiré du roman de Dennis Lehane (auteur fétiche des réalisateurs dont les livres sont de véritables sources d'inspiration...Deux de ces opus ont déjà été adaptés: Mystic river et Gone baby gone) est enfin arrivé sur nos écrans. Mettant en scène pour la énième fois son acteur fétiche, Leonardo DiCaprio, qui d'ailleurs n'en finit pas de nous étonner, Scorsese revient avec un thriller sombre et angoissant, huis clos aux confins de la folie.

Un hôpital psychiatrique sur une île balayée par les ouragans, une enquête sur la disparition d'une détenue-patiente mystérieusement évaporée de sa cellule, un marshall hanté par de vieux démons... Bienvenue à Shutter Island! L'histoire se met en place, le mystère s'obscurcit et l'atmosphère devient vite irrespirable. 


Dans un décor suffocant, avec criminels internés, personnel soignant en blouse blanche,  bâtiments sous haute surveillance et nature hostile, Scorsese se joue de nous et nous plonge en plein délire paranoïaque, entre rêve et réalité, où il devient difficile de distinguer le faux du vrai. Réflexions sur la violence et la souffrance humaine, tous les éléments sont réunis pour faire de ce film un condensé de sensations toutes aussi dérangeantes et déconcertantes les unes que les autres. Bref, une histoire à vous rendre fou! 


Efficace comme à son habitude, Scorsese nous entraîne dans un film esthétique et fascinant où le plus fou n'est pas celui que l'on croit... Un seul défi: quitter cette île indemne. Pour cela, gardez une seule chose en tête: "c'est bien la pire folie que de vouloir être sage dans un monde de fou". Erasme. 

dimanche 21 février 2010

Explication tardive...


Je me devais de raconter les origines de ce blog, ses inspirations...
Son titre, La Liseuse à la fenêtre, est un hommage au tableau de Johannes Vermeer du même nom. J'ai une affection particulière pour ce peintre hollandais du XVIIème siècle (mieux connu pour sa célèbre oeuvre La jeune fille à la perle) et spécialement pour ce tableau délicat qui a trôné dans le salon de la maison familiale pendant des années (en réalité une copie faite par mon père). Cette jeune femme absorbée dans sa lecture, surprise dans l'intimité de sa rêverie m'a toujours fascinée et séduite. Comme elle, j'aime me plonger dans les livres, m'y réfugier, car comme le disait si bien Montesquieu, "Je n'ai jamais eu de chagrin qu'une heure de lecture n'ait dissipé". Je reste émerveillée par le miracle de la lecture qui transforme des pages blanches noircies de petits caractères en passerelle pour d'autres univers. Pas besoin d'images, pas besoin de sons, pas besoins de contacts, ni de matériel particulier, juste des mots sur le papier et l'esprit libre qui se laisse emporter. Je tenais à évoquer dans ce blog ces pages que j'ai lues qui ont transporté mon esprit et m'ont permis de partir à la rencontre de mondes différents, de personnages captivants, d'histoires envoûtantes qui ont su me charmer... 

Mais il m'arrive également de relever le nez de mon livre pour regarder par la fenêtre... et le spectacle que j'aperçois alors me semble tout autant fabuleux et digne d'intérêt. C'est pourquoi je voulais partager d'autres passions, d'autres richesses, celles que je trouve dans le cinéma notamment, mais bien d'autres également... Toutes les sources d'inspiration méritent d'être soulignées, toutes les beautés du monde  d'être saluées.

Je partage ici même dans ce blog un peu de tout cela. Tous ces coups de coeur, toutes ces affections, tous ces penchants, bien sûr, n'engagent que moi. Une seule chose me guide, l'envie de partager. Si j'ai pu par le moindre de ces articles déclencher l'intérêt, la curiosité, l'envie de découvrir... Je serai satisfaite alors.